14 juin 2013

LA VIE D'ADÈLE PALMÉE À CANNES 2013 : lettre de consolation à Christine Boutin "envahie par les gays"


Madame la Ministre, Chère Christine Boutin,
Ainsi trouvez-vous la «mode des gays» – je vous cite – «envahissante dans toutes les fictions» jusqu’à s’inviter délibérément à Cannes, la Palme d'Or 2013 ayant été décernée par Spielberg et son jury pour une histoire dans laquelle deux jeunes femmes découvrent ensemble l’amour et, par là même, une part sensible de leur identité. L'année dernière, c'était Amour de Haneke, une histoire d'amour extrême entre personnes âgées, les années précédentes The Tree of Life, Oncle Boonmee, Le Ruban Blanc, Entre les murs, le Vent se lève, Elephant, Le pianiste, La Chambre du fils, Rosetta,... Peut-être vous souvenez-vous aussi de l'Homme de fer, de Sailor et Lula, de Mash, de Taxi Driver, de Blow up, des Parapluies de Cherbourg, de la Ville basse, ou encore de titres qui doivent vous parlez un peu plus comme le Monde du Silence,  la Loi du Seigneur, la Porte de l'enfer, Sous le soleil de Satan, Un homme et une femme, le Troisième homme, Miracle à Milan, la Dernière Chance, ou les Hommes sans ailes,…

Madame la Ministre, Chère Christine Boutin,
Lorsque vous êtes venue à Avignon du temps où vous étiez Ministre, vous aviez refusé d'écouter nos étudiants qui souhaitaient vous parler de la précarité de leurs conditions de logement. Faut-il vous rappeler que ce refus de les entendre relevait de la plus pure grossièreté de votre part puisque vous les aviez fait convoquer et fait patienter durant plus de trois heures dans une salle de l’Hôtel de Ville d’Avignon sans doute pour mieux les mépriser en les ignorant purement et simplement... Une drôle de manière d’exercer là vos prérogatives de Ministre de la Ville et du logement… Voilà aujourd’hui que vous vous improvisez critique de cinéma - pas n’importe quelle critique - votre compétence s’établissant sur cet exercice singulier qui consiste à parler d’un film que vous n’avez pas vu… Sans doute faut-il y voir de votre part une posture esthétique constante, les films sacrifiés sur votre office vous étant tout aussi inconnus que les étudiants d’Avignon que vous avez feints de rencontrer.

Madame la Ministre, Chère Christine Boutin,
Je vous parle, vous l’aurez compris, tout autant en tant que sociologue du cinéma qu’en tant que président d’une université qui accueille plus de 40% de boursiers en première année de licence. Je vous prie au nom de notre République dont les valeurs sont la liberté, la fraternité et l'égalité de bien vouloir vous responsabiliser en tant qu'ancienne ministre et d'imaginer que notre pays est un pays où l'expression artistique est aussi et avant tout une expression politique. Apprenez donc à la comprendre. Je vous invite à réfléchir à ce qui concourt à couronner un film à Cannes, le plus beau et le plus grand festival du cinéma du monde. Sans doute cette réflexion vous conduirait à saisir pourquoi même Dumbo l'éléphant de Walt Disney a obtenu une palme en 1947. Souvenez-vous... Une plume serrée dans sa trompe suffisait à ce jeune pachyderme pour rêver qu'il pouvait s'élever dans les airs et, au bout du compte, s'envoler réellement.

Je vous en prie Madame la Ministre, Chère Christine Boutin,
Faites-vous offrir une plume de Dumbo, même toute petite et essayez  de comprendre tout ce que le réalisateur Abdellatif Kechiche et sa franco-tunisienne vie d’Adèle tente à leur tour de nous faire partager.... Puis relisez bien tous les titres de films palmés à Cannes que je viens d'énoncer... Vous comprendrez ce que signifie l'élévation politique par les arts... J'ai encore la naïveté de croire, Madame la Ministre, Chère Christine Boutin, que c'est bien la première vertu de la culture et des arts que de pouvoir ouvrir une brèche de communication, une médiation positive et durable entre les femmes et les hommes d'un pays, d'une nation et, en l'occurrence, en ce qui concerne Cannes, du monde entier...

Avignon, le 28 mai 2013
Emmanuel ETHIS